Paris, un aimant à talents

26 Novembre 2019

Paris, un aimant à talents

© Sandra Rocha, Portrait Of A Lady

Dès que l’on parle de Paris, « capitale de la photographie » est sur toutes les lèvres et ce n’est pas sans raison. Nous avons demandé à sept photographes professionnels étrangers pourquoi ils ont décidé de venir travailler à Paris et de partager leurs opinions et leurs expériences sur comment se faire un nom dans la Ville Lumière.

Une maison d’adoption au coeur de la France

Vous êtes un ou une photographe, vous caressez mille et un rêves, votre cœur est rempli d’attentes. Peut-être êtes-vous fraîchement diplômé(e), ou vous vous ennuyez à mourir dans un village de 1 000 habitants, ou encore, simplement, vous avez envie de voir du pays… Ne cherchez plus, Paris est la ville qu’il vous faut. Du moins, c’est le son de cloche que l’on entend lorsque notre panel de photographes professionnels nous livre comment ils ont trouvé le chemin menant à la capitale française, parfois en suivant les hasards de la vie, parfois en suivant un plan minutieusement élaboré. Mais cela vaut-il vraiment la peine de quitter son nid et de surmonter vents et marées pour s’établir à l’étranger ?


© Edyta Lizakowska

« Ce n’était pas une “décision”. C’est mon cœur qui l’a décidé. » — Edyta Lizakowska

Souvent, s’installer à l’étranger est le fruit de l’intuition et peut-être même, du destin. C’est le cas de Edyta Lizakowska, photographe lifestyle, qui n’avait aucune idée de quels seraient ses plans à long terme dix ans auparavant. Après avoir atteint la France depuis la Pologne en autostop, l’artiste intrépide décide de tenter sa chance à Paris… d’où elle n’est jamais repartie ! Elle n’avait pas d’argent, ne connaissait pas un mot de français ni même d’anglais, et pourtant, elle s’y est sentie bien, comme chez elle.

« Ici, mes rêves se transforment en plans concrets. Tout est possible à Paris. J’ai la liberté de pouvoir me réinventer comme je l’entends. » — Edyta Lizakowska

Créer des univers uniques et influencer le monde de manière positive la passionne. Ainsi, elle chérit la réalité protéiforme que Paris impose à ses habitants, comme si nous étions obligés de mener des vies pleines et actives. L’art y est  à chaque coin de rue, constatent nos photographes étrangers, et cette omniprésence pousse les artistes à se surpasser, entre travaux de commande, projets personnels, expositions et publications de livres photo.

Travailler dur est la clé du succès lorsqu’on fait carrière en photographie, mais l’endroit où l’on investit ses efforts sera tout aussi déterminant.


© Kourtney Roy, N° 10 de la série « In Dreams You’re Mine», Festival international de photographie In Cadaqués et résidence 2019

« Une scène artistique foisonnante et un immense secteur de la mode et de la pub. Aussi, du super vin pour pas cher. » — Kourtney Roy

Nous ne pouvons qu’être entièrement d’accord avec les propos de Kourtney Roy, photographe de mode, qui a quitté les contrées sauvages de l’Ontario pour s’installer à Paris à sa sortie de l’École des Beaux-Arts. Provenant d’un milieu assez isolé, l’artiste émergente a trouvé à Paris l’environnement idéal pour développer et promouvoir son travail, qui mêle photographie autobiographique et compositions vidéo à l’esthétique cinématographique. Ola Rindal, lui aussi photographe de mode, raconte une histoire similaire. Ayant grandi dans une ferme en Norvège, il a trouvé à Paris un espace où « de nombreuses idées coexistent en même temps », rendant ainsi la ville particulièrement propice à la création. D’ailleurs, sa fascination est telle, qu’il a fait de sa ville d’adoption le sujet de sa dernière exposition à l’Hôtel de Ville de Paris, d’après les extraits d’un livre photo publié en 2017 sur le même sujet.

Se donner les moyens de créer 

Sans aucun doute, Paris est inspirante avec ses rues « romantiques », sa foule d’expositions et son art de vivre, mais la ville offre aussi l’avantage de soutenir la créativité par le truchement de ressources et d’organisations souvent inégalées. Nicola Lo Calzo, photographe auteur, souligne le fait que la photographie profite d’un statut différent en France comparativement à l’Italie.

« Les lieux qui exposent les photographes ne sont pas organisés comme en France, où la photographie est profondément ancrée dans la tradition depuis le XIXe siècle. Les festivals, foires et galeries d’art les plus importants dans le secteur de la photographie sont basés en France. » — Nicola Lo Calzo

L’artiste multimédia espagnole Anna Malagrida s’accorde avec son homologue italien pour dire que « Paris est à la fois une ville d’histoire et très contemporaine, une mégapole où les cultures se croisent avec beaucoup d’intensité. C’est une ville ouverte et intéressée par l’art, qui a toujours accueilli les artistes étrangers ». Selon nos talents interviewés, ce qui fait de Paris la ville idéale pour les photographes ce sont la vitrine exceptionnelle qu’elle offre, ses infrastructures, son intérêt et ses ressources investies dans la photographie, ses lieux emblématiques comme le Jeu de Paume et le Bal, ainsi que ses éminentes foires d’art telles que Paris Photo ou FIAC. Malagrida mentionne également la place que le Jeu de Paume fait aux femmes grâce à des expositions de grande qualité mettant à l’honneur les femmes photographes contemporaines, modernes et anciennes.

Le cadre institutionnel dont bénéficie la culture à Paris est notoire, mais qu’en est-il des structures indépendantes telles que les marques qui collaborent avec des créateurs de contenu ? Le photographe et cinéaste britannique David Foulkes a exprimé que souvent les marques parisiennes travaillaient différemment en incluant intimement l’artiste au processus créatif, ce qui selon lui est nettement positif.

« La grande différence que j’ai pu percevoir est la relation entre le réalisateur et son producteur. Ils collaborent, en général, beaucoup plus étroitement sur le plan de la prise de décisions créatives, et durant toutes les étapes de la production. » — David Foulkes

D’un autre côté, Sandra Rocha, originaire des Açores, croit que le secteur de la photographie est le même partout.

« À cette époque je pense que c’est fini un possible style par pays. Les photographes sont universels. » — Sandra Rocha


© Sandra Rocha, Portrait Of A Lady

Ce à quoi Edyta Lizakowska ajoute qu’elle ne voit aucune différence entre la photographie de mode contemporaine polonaise et française et qu’elle s’en réjouit. Libérer les artistes de leur contexte national pourrait donc faire changer de plan les processus créatifs actuels et les faire passer d’une perspective locale à une vision plus globale.

« Je crois que la prochaine étape qu’il faut prendre en ce qui concerne la photographie de mode, c’est de tendre vers une pratique où esthétique et éthique sont indissociables. » — Edyta Lizakowska

Pour Edyta Lizakowska, la photographie en Europe tend vers une approche plus écoresponsable autant dans le processus créatif que dans le choix des sujets. Elle estime que la nouvelle tendance sera de rendre la beauté naturelle au moyen d’images moins retouchées pour s’approcher au plus près du réel.

Rêver d'un avenir radieux 

Si vous rêvez de vous installer à l’étranger ou si vous avez l’intention de partir en année sabbatique, en résidence d’artiste ou pour un projet personnel, les conseils suivants pourraient vous aider à conserver une longueur d’avance.          

D’après son expérience, Edyta Lizakowska vous suggère fortement d’apprendre la langue locale. Elle peut maintenant en rire, mais il n’a pas toujours été facile pour elle de s’adapter, surtout lorsqu’elle a dû traiter avec l’administration française qu’elle qualifie d’administration « la plus tordue et absurde » du monde. Kourtney Roy conseille de travailler dur et d’être persévérants, disciplinés et un peu monomaniaques à tous ceux qui souhaitent obtenir de la reconnaissance dans le milieu de la photographie. Elle ajoute que s’endurcir et adopter des comportements obsessifs l’ont aidée à s’implanter à Paris. Nicola Lo Calzo vous met en garde : un bon réseau est essentiel lorsqu’on souhaite s’installer à l’étranger, car vous aurez besoin de toute l’aide dont vous disposerez. Ola Rindal vous rappelle de rester passionné par votre travail, car cela peut prendre du temps avant de percer à Paris.

À ceux qui décideront de partir, nous vous souhaitons bonne chance et bon succès dans votre projet. Comme le dit le proverbe « La chance sourit aux audacieux », alors n’hésitez pas à tenter le coup, sans oublier bien sûr de profiter du voyage.



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